```html L'IA comme champ de bataille : Pourquoi 2026 doit être l’année où l’ESS reprend le contrôle de la technique

L’IA comme champ de bataille : Pourquoi 2026 doit être l’année où l’ESS reprend le contrôle de la technique

« La technique n’est jamais un simple outil. Elle est un milieu, un pharmacon – à la fois poison et remède. »

Bernard Stiegler, Dans la disruption. Comment ne pas devenir fou ? (2016)

I. L’illusion de la neutralité : quand la technique nous gouverne

En 2026, l’intelligence artificielle n’est plus une promesse lointaine, mais une infrastructure invisible qui structure nos vies : elle trie les CV, modère (ou censure) les débats en ligne, optimise les flux logistiques… et creuse les inégalités. Pourtant, comme le soulignait Jacques Ellul dès 1954, « la technique se développe comme un système autonome, échappant à tout contrôle humain » (La Technique ou l’Enjeu du siècle). Cette autonomie n’est pas un fatalisme : elle est le résultat d’un désengagement politique.

L’Économie Sociale et Solidaire (ESS), héritière des luttes pour l’autogestion et l’éducation populaire, ne peut se contenter d’être spectatrice. Simone Weil écrivait que « l’enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l’âme humaine » (L’Enracinement, 1949). Or, l’IA déracine : elle dépossède les citoyens de leur capacité à comprendre – et donc à agir sur – leur environnement. Se former, c’est résister à cette aliénation.

II. L’IA comme pharmacon : entre émancipation et asservissement

Bernard Stiegler, dans La Société automatique (2015), reprend le concept grec de pharmacon (à la fois poison et remède) pour décrire la technique. L'IA incarne cette dualité :

Ivan Illich (Tools for Conviviality, 1973) distinguait les outils conviviaux (qui renforcent l'autonomie) des outils oppressifs (qui génèrent des dépendances). Aujourd'hui, les IA dominantes (comme les modèles fermés des GAFAM) relèvent de la seconde catégorie. Mais rien n'est joué.

Comme le rappellent les écologistes André Gorz (Écologie et Politique, 1978) et Vandana Shiva, la technique peut être réorientée vers la sobriété et la justice - à condition d'en maîtriser les rouages.

III. Déconstruire l'IA : un impératif démocratique

« Il n'y a pas de hors-texte. »

Jacques Derrida, De la grammatologie (1967)

Derrida nous invite à interroger les cadres invisibles qui structurent nos réalités. L'IA en est un, et de taille :

2026 est une année charnière : les régulations européennes (comme l'AI Act) entrent en vigueur, mais les lobbies tech poussent à leur édulcoration. L'éducation populaire doit monter en puissance pour peser dans ce débat.

IV. Que faire ? Trois pistes pour une IA solidaire

« Le progrès social ne se décrète pas, il s'invente dans les luttes. »

Cornelius Castoriadis, L'Institution imaginaire de la société (1975)

1. Former aux enjeux et aux outils

2. Créer des "zones autonomes technologiques"

Inspiré par Hakim Bey (TAZ, 1991), ces espaces permettraient d'expérimenter des IA low-tech, décentralisées, et contrôlées par les usagers. Exemples :

3. Allier écologie et numérique

Philippe Bihouix (L'Âge des low tech, 2014) rappelle que l'IA "verte" est un oxymore : les data centers consomment 4% de l'électricité mondiale. L'ESS doit promouvoir une IA sobre :

V. 2026 : L'année où l'ESS reprend la main

« Le futur n'est pas un destin, mais un terrain à conquérir. »

Murray Bookchin, Écologie sociale (1982)

Cette année sera celle des choix :

Les penseurs nous donnent des armes :

Concrètement, en 2026, engageons-nous à :

Conclusion : L'urgence de l'alphabétisation algorithmique

En 1881, Paul Bert lançait les universités populaires pour « rendre le savoir accessible à tous ». En 2026, l'urgence est similaire : l'alphabétisation ne suffit plus, il faut une littératie algorithmique.

« Articuler le passé ne signifie pas le reconnaître "tel qu'il a vraiment été". Cela signifie s'emparer d'un souvenir au moment où il scintille d'un danger. »

Walter Benjamin, Thèses sur le concept d'histoire (1940)

Aujourd'hui, l'IA scintille de tous les dangers - mais aussi de toutes les promesses.

À nous de choisir : subir la disruption... ou la politiser.

« La révolution ne sera pas télévisée. Mais elle pourrait être codée - collectivement. »

(Inspiré par Gil Scott-Heron et les hackers activistes de Chaos Computer Club)

Ressources pour aller plus loin

📚 Livres

🤝 Collectifs

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